romancier,conteur, fabricant  de chansons, capteur en poésie  .

Jacques Legrand

Est-ce suite à une courte, mais décisive rencontre avec une guérisseuse d’origine malgache, ou plus simplement afin de mieux comprendre ce qu’il avait vécu sur l’île de la Réunion que Jacques a voulu restituer dans son roman écrit presque 20 ans après son voyage, l’atmosphère qu’il avait ressenti dans cette partie de l’Océan Indien ?
Toujours est-il que de ce roman est né un conte musical sur le monde créole de l’île de la Réunion, une histoire parcourue de chansons.

« On trouve des verres de rhum et des bouts de chiffons posés vers sa statue. Il est le saint patron pour les causes perdues. Il protège les voyageurs, console les affligés. Il peut rendre impuissant car il est très jaloux. Quand tu l’appelles pour des affaires d’argent, n’oublie pas de le payer : il ne pardonne pas ! Les saints guérissent ou donnent la maladie : on retourne leur image pour perdre son ennemi. Il est en Guadeloupe, il est en Haïti. C’est un saint oublié, un saint caché de Dieu que nous ne saurions voir et nombre de sorciers travaille dans son ombre… … … …
… … Les indiens le vénèrent comme un bon Dié malbar, un bon Dié malbar blanc. On dirait Karli, la puissance du temps dans son drapé de rouge, la déesse sanguinaire qui écrase un cadavre, protège ceux qui l’invoquent, soutient les morts et les vivants. Elle peut tout donner et tout prendre. Il est dans les chapelles indiennes dans son manteau de rouge, son corbeau sous le pied, sa main gauche sur le cœur et sa croix en avant. On dit que les sorciers malbars font appel à ses soins.
C’est l’bon Dieu la misère qui distribue les cartes, il faut payer le prix. »
« Le temps ne compte pas, c’est nous qui le contons et le racontons à chacun sa façon » C’est sans doute pour cela que l’auteur se définit comme « aventurier de l’immobilité d’un monde qui tourne en rond et qui croit qu’il progresse pourvu qu’il accélère » alors que lui préfère le temps des poètes, un temps qu’il appartient à chacun de s’approprier..
Charles Baudelaire a écrit ce poème « A une malabaraise » et peut-être que ce conte s’en va à sa recherche...

    «  Elle était d’un monde de l’autre côté du monde,

      Le parfum du voyage à portée d’abordage.

      Elle était le rêve, la porte ouverte…

      Elle avait les yeux noirs,

      D’une couleur profonde…

     Ça faisait son regard comme la nuit dans les yeux,

     Comme le fond de la mer, comme la lave séchée…»



Nous quittons le rivage pour le ventre de l’île, sa magie,  ses secrets cachés retranchés dans les mémoires, les brûlures du passé et les esprits qui rôdent… Une île à l’imaginaire peuplé de pirates et de trésors fabuleux, de bandits sanguinaires aux pratiques obscures, d’esclavagistes sans pitié, d’esclaves rebellés, de chasseurs de primes-coupeurs de mains, avec aussi le souvenir des cyclones, les coulées du volcan, la houle qui lancine…la sorcellerie. C’est de tout cela que ce conte musical se nourrit.

* Extrait du conte